Ouattara Fétigué (Président de l’ABC) : « Nous avons toujours soif de victoires »

L’Abidjan Basketball Club (ABC) a terminé la saison en remportant le titre de champion de Côte d’Ivoire en hommes et en dames. Pour le président du club, Ouattara Fétigui, c’est le signe que l’ABC est ce qui se fait de mieux sur la place. Et de scruter de nouveaux horizons, notamment une organisation efficiente pour intégrer la ligue professionnelle africaine.

Quels sentiments vous animent après ce titre chèrement acquis ?

Vraiment, très chèrement acquis ! C’est justement les difficultés rencontrées pour gagner qui donnent toute sa saveur à ce titre. Pour être sincère avec vous, ce titre me tient à cœur à plus d’un titre.  D’abord parce que nous avons défendu notre titre avec panache. Ensuite, avec l’amalgame de jeunes et d’anciens que nous avons fait, il fallait un titre pour les mettre en confiance. Et je suis très heureux pour ces jeunes qui sont venus. Cette année, l’équipe de l’ABC a été renouvelée de moitié. Et là, j’avoue que je suis très fier de l’intégration de ces jeunes qui nous ont rejoints. Ils ont adhéré à notre manière de vivre et de faire. C’est pourquoi je suis très heureux. Je suis très fier de ce titre même si c’est le 16è de notre histoire dans le championnat.

Quels étaient les objectifs fixés en début de saison ?

L’objectif, c’était d’être champion chez les filles comme chez les hommes, au regard de l’investissement que nous avons fait. Nous avons essayé de prendre les meilleurs de la place. Nous avons fait le recrutement qu’il fallait. Donc, c’était clair qu’il fallait qu’on soit champion. Si nous n’avions pas été champions, ç’aurait été une grosse déception.

Chez les filles, cela nous a paru facile parce que votre équipe est au-dessus des autres…

C’est ce qu’on a cru en apparence. Mais, ce constat est valable sur la fin du parcours. Car, à mi-parcours, ce n’était pas évident. Nous avons connu des difficultés dues à des cas de blessures dans l’effectif. Mais, chemin faisant et Dieu aidant, on a vu que nos adversaires ont baissé pavillon. Je suis d’avis que ça été relativement plus facile chez les dames que chez les hommes.

Chez les hommes, vous êtes satisfait de l’intégralité des jeunes. Mais n’est-ce pas plutôt l’expérience des anciens comme Stéphane Konaté et Désiré Koné qui a fait la différence ?

Je dis simplement que c’est une mayonnaise qui a bien pris. Nous avons recruté des jeunes. Pour certains d’entre eux, nous sommes allées les chercher en deuxième division. C’est le cas de Guédé. Pour Abraham, c’est vrai qu’il a joué à l’Africa, mais c’est un produit de l’ABC. Nous avons également Morena Bernard qui est là depuis 2 ans. Nous avons vraiment apprécié l’osmose qui s’est créée entre ces jeunes et les anciens. Ceux-ci ont joué leur rôle. Ils ne sont pas restés dans leur cocon en faisant prévaloir leur droit d’anciens. Ils ont compris que ces jeunes-là étaient la relève. Aujourd’hui, ils forment un bloc. Ils tiennent régulièrement des conseils de match et non de guerre, en dehors même des anciens. Cependant, quand vous avez les gens comme Stéphane, Désiré et PC (ndlr : Pierre Célestin Gbotto), qui ont déjà fait leurs preuves aussi bien au plan national qu’international, c’est un vrai plus. Au match 2 de la finale, on le perd parce que Stéphane prend des fautes très tôt.

Peut-on parler d’une fin de cycle à l’ABC avec la reconversion de certains cadres en les intégrant par exemple à l’encadrement technique ?

J’ai entendu cette même question relative à une fin de cycle à l’ABC il y a une dizaine d’années. Pourtant, depuis lors, nous sommes toujours champions. Notre stratégie est de renouveler l’effectif de façon méthodique. Cette année, nous avons eu beaucoup de départs tels que Kader, Nanan, Karim ou encore Asselain Serge qui est retourné au Maroc. Donc, vous avez quatre à cinq joueurs que nous avons récupérés dans l’encadrement technique. Nous avons joué avec un effectif de 13 athlètes toute la saison. Certes, le règlement nous permet d’aller jusqu’à 15, mais nous estimons que 15 joueurs c’est trop, car il se trouve qu’après ils sont d’égale valeur et quand certains ne sont pas alignés, ça crée des frustrations. Parmi les 13, ceux que vous appelez anciens ne sont pas aussi nombreux que cela. Il y a Stéphane qui peut encore jouer dix ans parce qu’il mène une vie d’athlète. Désiré c’est la même chose. Et PC. C’est ceux-là qui font vraiment figure d’anciens. Les autres sont assez nouveaux à l’ABC. Donc, chez nous, il n’y a pas de fin de cycle parce que nous savons renouveler notre effectif sans que cela ne crée une rupture.

Vous parlez souvent d’« esprit ABC ». L’esprit ABC, c’est quoi ?

Aussi bien chez les hommes que chez les filles, c’est la famille, la discipline, la rigueur et le goût de la victoire. Nous jouons pour gagner parce que derrière nous, il y a des partenaires pour lesquels nous devons être toujours les meilleurs.  Nous avons toujours soif de victoires. Nous voulons toujours gagner, dans le respect de l’adversaire et des règles du club. Le groupe prime sur les individus. Celui qui ne peut pas s’intégrer, il s’exclut naturellement. C’est ainsi qu’il y a des joueurs qui sont partis d’eux de l’ABC sans qu’on ne les ai chassés.  

Chez vous, il n’y a pas de star système…

A l’ABC, il n’y a pas de star système. Personne ne peut briser le groupe. Mais, nous avons des icônes, comme Stéphane, Désiré et PC. Ce sont « nos fétiches » et non des stars.

Un mot sur votre adversaire de la finale, Azur ?

Je tire mon chapeau à l’équipe d’Azur qui nous a poussés au troisième match. Ils ont opposé de la résistance et ils avaient la main. Il faut aussi dire qu’ils jouaient sans un de leurs éléments et non des moindres, Eloi (Ndlr : N’Gardinga Eloi), à qui je présente encore mes vœux de prompt rétablissement. Cette résistance, c’est une bonne chose pour le basketball ivoirien et pour le public.  Sincèrement, j’étais convaincu que sur trois matches, Azur n’avait pas l’effectif nécessaire pour nous résister. La profondeur de banc a fait la différence. Sinon ils ont une équipe qui est très compétitive.

Sur quels aspects envisagez-vous travailler maintenant après ce titre ?

Nous voulons travailler sur la construction du club pour le pérenniser, doter l’ABC d’infrastructures et attaquer l’Afrique. Nous voulons jouer la ligue africaine de basketball, ce qui implique que nous devons nous organiser autrement. Il nous faut un championnat compétitif, avec une fédération mieux organisée. Une organisation qui doit se faire de concert avec tous les partenaires. Il faut que nous puissions nous écouter pour faire évoluer le basketball ivoirien. Nous sommes qualifiés pour la Coupe du monde. Ce n’est pas donné à tous les pays de le faire. Donc, il faut qu’à la base il y ait du travail pour avoir de la représentation.

Les projets d’infrastructures du club que vous évoquez existent depuis plusieurs années. Qu’est-ce qui bloque leur réalisation ?

Il nous faut un siège et un terrain d’entraînement à la dimension de ce que nous voulons que le club soit. Cependant, en raison de la crise économique, nous avons dû redimensionner le projet. Mais, nous attendons un peu avant de le relancer avec l’accord des partenaires.

Certainement pour une question de finances. Est-ce le gros problème de l’ABC ?

Mais, rassurez-vous, sur ce plan nous ne sommes pas les derniers. Seulement nous ne nous comparons pas aux autres. Nous nous comparons à nous-mêmes au regard de notre histoire. Nous disons que par rapport à notre passé et notre parcours, nous devons nous hisser à un autre niveau. Sinon sur la place, en matière de traitement, il n’y a pas mieux que nous.

Concernant la ligue professionnelle africaine que nous avons vue cette année, nous pensons que ce qui fait la différence entre l’ABC et ces écuries continentales, c’est leur organisation…

Vous avez parfaitement raison. Sinon pour ce qui est des athlètes, l’ABC n’a pas à rougir. Ce qui nous manque, ce sont les infrastructures. Nous allons nous atteler à combler cet écart. Nous ferons tout cette année pour jouer la ligue africaine.

Président, cela nécessite un budget d’au moins 100 millions de F CFA. Avez-vous cet argent ?

Je ne veux pas rentrer dans les détails de notre plan, mais nous allons chercher nos ressources propres avant de nous tourner vers la fédération. Car, je pense que quand même, la fédération doit pouvoir nous aider. La dernière sortie de l’ABC remonte à quatre ou cinq ans. Depuis lors, aucune équipe ivoirienne n’a joué de coupe africaine.

Comment expliquez-vous cela ?

C’est à la fédération de vous répondre.

Allez-vous jouer la continuité avec votre staff ou allez-vous le restructurer ?

Notre staff technique ne nous déçoit pas. Nous en tirons une entière satisfaction. Nos entraîneurs ont exercé à la tête des équipes nationales, ils connaissent leur milieu, ils savent parler aux joueurs et faire imposer leur rigueur. Sur le plan purement connaissance du basket, je ne pense pas que nos techniciens aient moins de compétences que ceux que nous pourrions être amenés à aller chercher à l’extérieur.

A quel niveau sont vos relations avec la fédération ?

Je pense que les gens ont fait beaucoup d’amalgames avec ce qui se passe avec la fédération. Nous n’avons pas joué le championnat il y a deux ans parce que nous n’étions pas d’accord avec les réformes que la fédération entreprenait. Et les gens ont détourné complètement la question. La fédération avait ses raisons que je respecte. Mais, nous, nous avons dit qu’à l’ABC nous ne pouvons pas employer 16 joueurs par équipe. Nous avons une section féminine et une section masculine. Cela nous ramène à 32 joueurs à entretenir, sans compter l’encadrement technique et médical. Cela coûte extrêmement cher. Et même sur le plan sportif, cela ne sert à rien d’avoir autant de joueurs alors que certains ne joueraient jamais. Quand nous avons joué l’année dernière avec 15 athlètes, il y a eu des frustrations. C’est une situation difficile à gérer. Mais, la fédération avait ses raisons et a imposé des choses. Nous, nous disons simplement qu’il faut qu’on débatte de ces questions-là d’abord, qu’on se parle.

Vous demandez plus de concertation ?

Chacun a tiré la corde de son côté, elle s’est rompue et nous n’avons pas joué le championnat. Mais, on a vu qu’on ne pouvait pas jouer sans les équipes qui étaient en opposition avec la manière de voir de la fédération. Aujourd’hui, je ne dirais pas que les relations sont excellentes, mais nous n’avons jamais eu d’animosité pour qui que ce soit. Nous sommes tous des amis, des frères, et nous devons tous œuvrer à l’évolution du basketball ivoirien. Même cette année, vous avez vu les difficultés dues à la disponibilité des salles ou au respect du calendrier. C’est de tout cela que nous devons parler pour arrêter ensemble un plan. Ce n’est pas manquer de respect à la fédération que de le dire. Donc, nous avons eu des désaccords, mais c’est du passé. Tout ce que nous demandons, c’est plus de concertation entre acteurs du basketball ivoirien et qu’on nous écoute aussi. J’ai eu à le dire à plusieurs reprises au président Agui Mathieu. On dit que j’aime trop les assemblées extraordinaires. Mais, peu importe le nom qu’on peut donner, moi je demande simplement des cadres de concertation.

Président, la Côte d’Ivoire est en Coupe du monde…

Oui, c’est un beau challenge. Nous n’allons pas remporter la Coupe du monde. Mais, représenter l’Afrique à ce niveau, c’est un honneur pour le pays et pour le basket ivoirien. Cette coupe du monde est bienvenue pour le renouveau du basket ivoirien, pour mobiliser les joueurs qui sont à l’extérieur et pour réorganiser le basket local afin que les jeunes gens qui aspirent au professionnalisme sachent qu’ils peuvent vivre de ce sport.

A l’ABC, quelle est votre politique de formation et que faites-vous pour retenir ces jeunes afin qu’ils ne partent pas tôt ?

On n’a rien pour les retenir. Et je suis d’accord qu’ils partent affiner leur formation dans des structures plus développées et ayant plus de moyens. Je suis pour qu’ils partent, et même tôt. Si nous pouvons placer le maximum de jeunes Ivoiriens dans des centres de formation en Europe ou en Amérique, ce serait bénéfique pour le basket ivoirien.

Et que gagnez-vous ?

Rien en termes financiers, si ce n’est la satisfaction morale, du père qui a aidé un enfant à réussir, qui a aidé à faire d’un enfant un homme. Il n’y a rien d’autre derrière cela.

Quel est le budget de l’ABC ?

C’est beaucoup.

A combien s’élève-t-il ?

Pour les deux équipes, nous ne dépensons pas moins de 50 millions de F CFA sur une saison.

Vous fonctionnez comme une équipe professionnelle ? Vous payez des salaires ?

Nous ne sommes pas une équipe professionnelle. Mais, nous donnons des traitements mensuels à nos joueurs et nous respectons nos engagements avec eux.

Quels sont vos objectifs pour la saison prochaine ?

Recruter les meilleurs, faire encore une très bonne campagne, défendre nos titres. Il sera difficile de nous détrôner parce que nous allons toujours prendre les meilleurs. Nous avons le soutien indéfectible des membres fondateurs de l’ABC même s’ils sont très pris ces derniers temps dans leurs missions respectives. Nous remercions tous nos partenaires pour leur confiance parce que l’ABC, c’est le sportif, mais c’est aussi et surtout le social.

Source : Le Sport




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