Eric Poby (Président d’Azur) : / « Nous travaillons à avoir une section féminine »

Finaliste malheureux des play-offs face à l’ABC, Azur s’attelle à s’affirmer comme un des meilleurs clubs de Côte d’Ivoire. Pour son président, Eric Poby, la construction du club se poursuit avec notamment le projet de création d’une section féminine et d’infrastructures.

Azur n’a pu reconquérir son titre perdu l’année dernière. Comment ressentez-vous cette fin de championnat ?

Chez nous, chaque fois qu’on ne gagne pas, on est toujours déçu. Quand on est à la tête d’un club sportif, notre volonté, c’est de remporter des titres chaque année. Toutefois, je pense qu’on n’a pas démérité. Les jeunes ont donné le meilleur d’eux-mêmes. Au sport, ce n’est pas chaque fois qu’on obtient les résultats escomptés. On reviendra l’année prochaine, encore plus fort, pour pouvoir reconquérir le titre de champion.

De votre point de vue, qu’est-ce qui a manqué à votre équipe ?

Je pense que c’est l’expérience. Nous avons des jeunes talentueux, mais à des moments clés ils ont fait preuve de naïveté. Il y a quelques paniers faciles qui ont été manqués lors de la belle. Après, ils ont accusé le coup moralement et ils n’ont pas pu se relancer comme lors du deuxième match. Ils n’ont pas pu rééditer ce sursaut d’orgueil pour renverser la tendance.

Quel discours aviez-vous tenu aux joueurs avant cette belle ?

Nous étions très confiants. Nous étions même certains de gagner cette finale. Au regard du deuxième match que nous avons remporté, nous nous sommes dit que nous avions les moyens techniques et tactiques pour battre l’ABC. Mais, cela n’a pas été le cas parce qu’au basket, quelques fois l’adresse vous fait défaut. Mais, les garçons se sont battus. Ils n’ont pas démérité. Avec l’encadrement technique, nous allons corriger nos faiblesses et améliorer nos points forts.

Votre parcours a été un véritable chemin de croix avec un match d’appui à chaque fois. Pourquoi n’arriviez-vous pas à boucler vos séries en deux matches ?

Les années précédentes, ce n’était pas le cas. Disons qu’on a de plus en plus de jeunes qui arrivent et qui font que le niveau du basket ivoirien progresse. Il y a de plus en plus de centres de formation qui alimentent les équipes premières. Donc, le niveau s’améliore. On ne s’attendait pas à une telle opposition de nos précédents adversaires, que ce soit ASA ou CSA. Ils ont montré qu’ils avaient aussi envie de gagner. Mais, notre expérience a quand même un peu parlé. Depuis cinq ans que nous avons repris le club, nous sommes régulièrement en demi-finale ou en finale de championnat ou de coupe.

Il y a aussi la blessure de N’Gardinga Eloi…

Je n’aime pas trop en parler parce qu’une équipe est d’abord un collectif, mais il convient de souligner que nous avons un joueur majeur qui s’est grièvement blessé face à ASA. Eloi, c’est le joueur qui portait l’équipe dans les moments chauds. Son absence nous a fortement handicapés. Vous avez vu qu’en face, il y a Stéphane Konaté qui faisait la différence dans les moments clés. Nous, cela nous a manqué.

Durant ces play-offs, vous avez fait preuve d’une grande force au plan mental. Est-ce une marque de fabrique de la maison ?

Nous inculquons à nos joueurs l’esprit de la gagne. Le discours que nous tenons aux joueurs, très souvent à la pause, c’est que c’est toujours possible. Tant que la fin du match n’est pas sifflée, nous devons croire en notre capacité de l’emporter. Et cela, nous l’avons démontré lors du deuxième match contre ABC. A deux minutes de la fin, tout le monde pensait que la finale était pliée, mais nous avons fini par gagner. C’est cet esprit que nous inculquons aux joueurs. Une fois qu’on se met dans la tête que c’est possible, le talent s’exprime derrière.

 Est-ce la philosophie du club de former des hommes qui aillent jusqu’au bout dans leur vie ?

En Côte d’Ivoire, le basket est un sport amateur. Tous ceux qui s’occupent du basket dans ce pays sont des passionnés. Personne n’y vient pour gagner de l’argent. C’est pour transmettre des valeurs que nous avons repris ce jeune club : l’abnégation, le goût de l’effort, l’esprit d’équipe. C’est un élément clé du sport en général, et du basket en particulier. On apprend aux jeunes à se surpasser et à se dire que même si l’adversaire est de taille, on peut le terrasser si on est uni et si on y croit. C’est un discours qu’on leur tient au quotidien. Pour nous, l’éducation et la santé sont liées au sport. Montrer aux jeunes que pour réaliser leurs rêves, c’est possible.

Etes-vous satisfait de votre staff technique ?

Nous travaillons sur la base de projets. Nous sommes dans notre troisième cycle. C’est la première année avec ce staff. Nous avons vu les améliorations qu’ils ont apportées à l’équipe. On n’envisage pas de changement dans l’encadrement technique. On va travailler ensemble pendant l’intersaison pour mettre en place une équipe qui corresponde à ce troisième cycle.   

Parlant de vos projets, êtes-vous dans les temps ou en avance de ce que vous aviez planifié ?

Quand on se fixe un objectif, on espère l’atteindre. Il y a la partie partagé et la partie réalisation. Mais, nous ne sommes pas les seuls acteurs du basket en Côte d’Ivoire. Concernant le côté sportif, depuis quatre ans, nous sommes régulièrement au moins en demi-finale. Nous avons été champions en 2017 et vainqueurs de la Coupe Nationale en 2018. Pour une jeune équipe comme la nôtre, on est satisfait. C’est vrai qu’on a perdu plusieurs finales, mais ça va se corriger avec le temps. Pour qui concerne la construction du club, nous voulons ouvrir une section féminine, investir dans la formations des jeunes, avoir des infrastructures. Nous travaillons à réaliser cela, en mettant l’accent sur le sponsoring.

Certains de vos adversaires estiment que la tâche est plus facile pour vous parce que vous ne gérez qu’une section…

D’accord. Quand on aura eu le même âge, on pourra peut-être s’asseoir pour discuter de cela. Comment pouvez-vous demander à un enfant de 5 ans de faire les mêmes choses que celui qui a 30 ans ? Je n’en dirai pas plus parce qu’en général, je ne parle pas de mes adversaires. Nous, nous savons ce que nous voulons faire et où nous voulons aller. On se donne les moyens d’atteindre nos objectifs. On pense qu’ils ne sont pas démesurés. Nous allons à notre rythme.

Président, à quand la section féminine d’Azur ?

Très bientôt.

Où en êtes-vous concrètement avec le projet d’infrastructures ?

Ça, c’est un projet qui nous tient à cœur en tant qu’anciens pratiquants du basketball. En saison des pluies, on se rend compte combien il est difficile de jouer au basket. C’est vrai que c’est un sport très démocratisé, se pratiquant notamment dans la rue, mais quand on veut atteindre un certain niveau, c’est d’abord un sport de salle. Il est important d’avoir des infrastructures adaptées. Nous y travaillons. On espère lancer effectivement ce projet à court terme, c’est-à-dire dans deux ans. Nous pensons qu’en faisant cela, nous apporterons vraiment quelque chose de nouveau au basket ivoirien.

La Côte d’Ivoire disputera la Coupe du monde dans quelques semaines. En tant qu’acteur du basket ivoirien, qu’est-ce que cela représente pour vous ?

C’est très important pour un pays de se retrouver dans les compétitions internationales. Cela permet à nos joueurs de se frotter à ceux des autres pays. C’est aussi une vitrine pour notre pays. Les sportifs sont comme des ambassadeurs de leur pays à l’étranger. Le sport est un moyen important pour faire la promotion du pays au niveau international. Si on ne connaît pas notre pays, comment pouvons-nous développer des partenariats ? On sera de tout cœur avec notre équipe nationale qui s’est brillamment qualifiée et on espère qu’elle ira le plus loin possible.

Quelles peuvent être les retombées de cette Coupe du monde sur le basket local ?

C’est important pour un joueur d’entrevoir un plan de carrière. A Azur, nous essayons de montrer aux jeunes qu’en venant chez nous, ils peuvent réussir. Nous vendons du rêve, aussi bien aux spectateurs qu’aux sportifs. Il faut donner de la perspective aux jeunes. Et une compétition comme la Coupe du monde peut leur permettre de travailler davantage pour se faire valoir dans des structures plus développées à l’étranger. On espère voir des Ivoiriens en NBA. Le Sénégal, et même le Soudan y arrivent. La Côte d’Ivoire est quand même un grand pays de basketball. Nous devons pouvoir avoir des joueurs à ce niveau.

Quelles sont vos relations avec la fédération dans ce milieu très bouillonnant du basketball ivoirien ?

Nous, nous avons pris le pari de gérer un club. Donc, nous gérons notre club. L’organe fédéral organise. Nous avons des relations normales, apaisées.

Vous n’avez aucune critique à faire, notamment concernant la programmation des matches ou la tenue du calendrier ?

Nous sommes un pays sous-développé dans lequel il se pose des problèmes d’infrastructures. La Côte d’Ivoire a fait le choix de confier la gestion de ces infrastructures à l’Etat et non aux fédérations comme cela se fait dans certains pays. Cela impacte sur le calendrier élaboré par la fédération. Il y a d’autres disciplines qui utilisent aussi ces infrastructures. Je peux donc comprendre que cela crée des désagréments quelques fois à la fédération de basketball. C’est pour cela que nous militons pour la création d’infrastructures qui soient propres au basketball.   

Le président de la fédération est issu de votre club, Azur. Est-ce la raison pour laquelle vous le défendez ?

Mais, je pense que je viens de faire une critique. Vous ne l’avez pas senti ? Le président de la fédération est certes issu d’Azur, mais dès l’instant où il est élu, il appartient à tout le monde. Il règle les problèmes de l’ensemble des clubs. Nous souhaitons que le calendrier soit connu d’avance, que la fédération ait les moyens de sa politique. Mais, vous savez, même au niveau de nos clubs, nous rencontrons aussi des difficultés pour tenir notre planning. On ne va donc pas jeter la pierre à la fédération parce qu’elle a rencontré des difficultés. Le championnat s’est tenu. Il y a eu des ratés, mais aussi des aspects positifs. Je n’ai pas dit que tout est parfait, mais j’estime qu’il y a quelques contraintes dont il faut tenir compte.

Gérer un club comme Azur, cela nécessite combien en termes de budget ?

Je n’ai pas envie de donner un chiffre. Nous avons des membres actifs qui aident le club financièrement à atteindre ses objectifs. Nous avons aussi des sponsors qui nous font l’honneur et l’amitié de nous apporter un concours. Nous ne vivons pas au-dessus de nos moyens. Je peux dire que la plus grosse part des fonds que nous obtenons est affectée aux joueurs et à l’encadrement technique. C’est vraiment pour eux que nous nous battons afin qu’ils soient dans de bonnes conditions.

Comment entrevoyez-vous l’avenir au niveau d’Azur ?

Nous avons l’ambition de faire d’Azur le club leader en Côte d’Ivoire. On ne s’en cache pas. Pour cela, nous avons plusieurs axes dont la création d’une section féminine et d’infrastructures. On essaie de convaincre nos éventuels partenaires que nous sommes des gens sérieux afin qu’ils puissent partager notre vision. Pour la saison prochaine, on va se préparer pour revenir plus fort. L’objectif est de remporter le titre. Nous allons faire des recrutements pour avoir une équipe équilibrée.

Source : Le Sport




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