Dossier/ Football local / Les raisons d’une perte d’attrait

Ce n’est un secret pour personne que le football local n’attire plus grand monde dans les stades. Et cela dure depuis deux décennies environ. En effet, malgré toute l’ingéniosité des dirigeants fédéraux, chaque week-end, les compétitions nationales se déroulent devant des gradins vides ou perlés au mieux, et des athlètes au génie rare.

Comment en est-on arrivé à cette perte d’attractivité du football local qui autrefois faisait pourtant recettes avec bien peu de moyens?  La Fédération a-t-elle manqué de stratégie prospective?  Quelle est la part de responsabilité des dirigeants de club et des joueurs dans cette faillite générale? 

Autant de questions qui ne manqueront certainement pas de ressurgir lors de la campagne à venir pour l’élection du nouveau président de la FIF et auxquelles ces lignes se proposent d’apporter quelques explications.

AU NIVEAU DE LA FÉDÉRATION

Dans sa politique de modernisation et de développement du football ivoirien, la FIF a mis sur pied, depuis quelques années, la Ligue de Football Professionnelle (LFP). La mission assignée à cette ligue est de professionnaliser le football en Côte d’ivoire, avec notamment l’organisation du championnat national ainsi que les compétitions de la Ligue 2, de  D 3,  les coupes  nationale et de la  Ligue. La  LFP  a également pour  rôle de faciliter les rapports entre les acteurs du football professionnel (athlètes, arbitres et entraineurs) et chercher par ailleurs,  les moyens pour aider les clubs,  à travers notamment les droits télé.  La ligue de Football Professionnelle a-t-elle joué sa partition comme il se devait ? Doit-on mettre au seul compte de la LFP la ruine du football local? 

La FIF et les dirigeants doivent réfléchir pour trouver une solution

Pour rappel, sous Dieng Ousseynou ( 1980 – 1999), les clubs de 1ére division  ne recevaient pas plus de 10 (dix ) millions de Fcfa comme subvention fédérale.  Mais force est  de reconnaitre que cette période constitue l’âge d’or de notre football avec notamment une forte compétitivité des clubs qui ont valu à la  Côte d’Ivoire, de grosses performances au plan continental. 

Une bonne santé des clubs dûe à l’apport des mécènes de l’époque, qui avaient pour noms, Simplice de Messé Zinsou de l’Africa, Me Mondon du Stade, Michel Ahoua Kangah de l’Asec, Fah Cissé du Denguélé d’Odienné, Robert Haddad d’Oumé, Claude Jean de Gagnoa et autres Traoré Abdoulaye de Bouaflé. Ces passionnés de football dépensaient sans compter et attiraient facilement les perles africaines dans.le championnat national. Joseph Antoine Bell, Brima Camara, Sam Turray, Rashidi Yékini, Thomson Oliha…(Africa sport); Justice Moore, M’baye Dour, Ben Iroha, Ishaya Jatau, Tarilla Okorowanta…(Asec), Koffi Badu, Albert Assasé.. (Stade);  Sow Baldé ( Sporting club de Gagnoa), pour ne citer que ceux-là, étaient les grands animateurs de cette glorieuse époque, aux côtés des talents locaux qu’étaient les Abdoulaye Traoré dit Ben Badi, feu Miezan Pascal, Akoupo Jonas, Salif Diarrassouba, Maguy Serge Alain, feu Sékou Bamba, Tiéhi Joël, Lébry Jérôme, Okou Charles Roger, N’Diaye Aboubacar Sékou et j’en oublie certainement. 

Paradoxalement, c’est au moment où la manne fédérale versée aux clubs  est en courbe ascendante ( 38  millions sous  Jacques Anouma )  et  aujourd’hui  à  ( 50 et ensuite à  75 millions avec Augustin Sidy Diallo)  que le niveau du football local est en baisse. Une situation qui invite forcément à regarder du côté des dirigeants de clubs et des athlètes.

LA  RESPONSABILITÉ DES DIRIGEANTS DE CLUBS ET DES JOUEURS 

Si les dirigeants actuels de clubs ont en partage la même passion du football, lls  n’ont ni la folie, ni la bourse de leurs illustres devanciers cités plus haut. Plus calculateurs, ils sont plus préoccupés à faire du chiffre sur la vente de joueurs à l’international plutôt que de produire du spectacle au plan local.

En effet, les tarifs fous pratiqués en Europe et ailleurs, par l’industrie du football, ont ouvert la chasse aux jeunes talents qui s’exportent aussitôt sans même passer pour la plupart, dans le championnat local. Résultat des courses, les compétitions souffrent d’un manque criant d’artistes et ceux des athlètes qui acceptent d’évoluer ici, sont juste en quête d’une meilleure exposition pour prendre les airs. Ce qui réduit considérablement la marge de manœuvre des dirigeants de clubs face aux joueurs de plus en plus gourmands et fort ambitieux. Il faut noter que ces derniers, mieux entourés désormais par leurs agents et/ou parents, ont élevé le niveau d’exigence financière que les dirigeants locaux ne peuvent naturellement satisfaire. L’expérience des académiciens de l’Asec y est certainement pour  beaucoup dans cette tendance haussière.  

Pour l’histoire, c’est en 1994 que l’Académie Mimo Sifcom voit le jour par  la volonté de Me Roger OUÉGNIN, Président du Conseil d’Administration de l’ASEC Mimosas et l’engagement de l’ex-international français, Jean-Marc GUILLOU,  en qualité de manager général du projet, avec le soutien massif du partenaire-phare, le Groupe SIFCOM, conduit par Pierre BILLONDaniel DUBOISYves LAMBELIN et Jack BARBIER, qui vont mettre en place le projet Sol Béni. 

À l’époque, nombre d’observateurs ne donnaient pas crédit aux porteurs de cette nouvelle aventure, l’Asec sortant d’une décennie de disette au plan national comme international. 

Ce fut d’abord la construction de l’internat, puis des salles de classe, et du terrain dénommé Ignace Ouégnin. Puis vinrent les tournées à l’intérieur du pays et à l’étranger, notamment en France et aux Pays-Bas, les entraînements intensifs, soldés par la sortie officielle, le dimanche 7  février 1999, de l’équipe de l’Asec  Mimosifcom, avec notamment 18 gamins, pétris de talent, qui entrèrent dans l’histoire du football en remportant la Super Coupe d’Afrique des Clubs, face au géant de l’Espérance Sportive de Tunis, humilié (3-1) à Abidjan. Par la suite, les gosses, conformément à la projection  du départ, seront tous transférés à l’extérieur et connaîtront des fortunes diverses. C’est vrai que des années plus tard, Me Roger Ouégnin et son principal associé se sépareront mais toujours est-il que leur belle expérience a marqué les esprits. Et aujourd’hui encore l’équipe de  l’Asec des années 2000, – qui n’est plus aussi souveraine-, vit dans le souvenir de la glorieuse fortune des « Académiciens ». Pendant ce temps, de nouveaux clubs, mieux structurés et plus ambitieux, tels l’Afad, FC San-Pedro, RCA, Tanda… jouent désormais les premiers rôles, reléguant les anciens clubs comme l’Asec, l’Africa et le stade à un rang peu honorable. 

Au total, malgré les efforts de la Fédération, en termes de subvention et d’exposition médiatique du football local, celui-ci peine toujours à drainer du monde dans les travées des stades. Il appartient alors aux dirigeants fédéraux et aux promoteurs de clubs de trouver la parade pour faire évoluer les jeunes talents pendant un délai à fixer, avant de s’exporter. C’est à cette condition que notre championnat pourrait reprendre des couleurs et intéresser les amoureux du ballon rond.

                         L. KEITA




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